L'économie française souffre de multiples maux dont l'un des moindres n'est pas l'archaïsme des relations sociales dans les entreprises. A qui la faute? Pour moi il n'y a pas de doute : les plus archaïques des acteurs sont les syndicats.
Créés en 1884 par une loi portée par Waldeck-Rousseau, un républicain modéré, les syndicats ont été conçus à l'origine pour défendre les intérêts professionnels tant individuels que collectifs de leurs membres. Mais ils n'ont jamais eu en France l'importance qu'ils ont acquise en Allemagne ou en Angleterre. Rapidement institutionnalisés ils sont devenus les gestionnaires des organismes sociaux comme la Sécurité Sociale, les électeurs des représentants des salariés dans les tribunaux de prudhommes, les représentants des salariés dans les divers comités de l'entreprise. Par ce mouvement les syndicalistes sont devenus des conseillers de moins en moins proches des salariés de base. Les résultats pratiques de cette dérive sont essentiellement de deux ordres:
1/La représentativité des syndicats est nulle. De près de 40% dans les années 50 , les salariés syndiqués sont passés à 20% dans les années 70 pour ne plus être que 8 à 9% en 2006! Ils ne sont plus présents que dans quelques îlots d'activité . Dans le commerce et les services ils ne représentent que 0,5% des salariés!
EFFECTIFS ( en milliers) et TAUX DE SYNDICALISATION
Etat, Collectivités Territoriales,
Hôpitaux publics 860 15,1%
Entreprises publiques,
Sécurité Sociale 160 15,6%
Entreprises privées 834 5,2%
TOTAL 1884 8,2%
Source : enquêtes permanentes sur les conditions de vie des ménages, 1996 à 2003, INSEE.
Notons que ce taux de syndicalisation est de 40% chez EDF et de 25 à 30% à la SNCF, France-Télécom et à La Poste.
Ainsi les syndicats en France ne représentent - et encore de façon minoritaire, que le secteur public ou anciennement public.
2/ L'autre conséquence est que les syndicats sont désormais un monde de professionnels militants.
Par exemple les "mises à disposition" des syndicats par l'Etat (ministères ou administration) d'employés seraient de 20.000, voire même du double selon certaines études.
Comment peut-on dès lors construire la rénovation de nos rapports sociaux et pourquoi tenir compte des syndicats dans la conduite de l'économie?
Le personnel politique est grandement coupable de connivence avec ces syndicalistes qui tout en ne représentant qu'eux-mêmes prétendent agir pour "le bien des travailleurs". Il est en effet plus efficace pour les politiques de discuter avec des professionnels - comme eux - dont on sait qu'ils n'ont aucun intérêt à renverser la table à laquelle ils font leurs agapes!
C'est ainsi que toute réforme proposée par la Droite, tout autant que par le Gauche est bloquée car le jeu des syndicats est bien d'apparaître "contre" afin de conserver leur place.
Voilà pourquoi on peut voir "les Conti", "les Fralib", "les Petroplus" et autres "Florange", sans parler des syndicalistes de la SNCM, préférer la disparition de leur entreprise en entraînant les drames que l'on sait pour des salariés qui autrement auraient pu discuter avec leur employeur et sauver au moins un pan de leur entreprise. Cette politique du pire n'a en effet aucune conséquence dommageable pour les syndicalistes qui la fomentent puisqu'ils sont, de fait, non pas des employés de l'entreprise mais des professionnels de leur syndicat.
Cette situation est l'une des causes essentielles de la désindustrialisation de la France, bien plus encore que la mondialisation.
Les gouvernements sont trop faibles face au cynisme des syndicats. Il faut exiger de nos politiques qu'ils s'attaquent à cette gangrène.
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