J’écoutais ce matin deux émissions de débat, l’une à la radio, l’autre à la télévision. Je suis assez client pour ce type d’émission et pourtant je dois reconnaître qu’elles m’agacent depuis de longues années. Elles posent en effet me semble t-il un certain nombre de question et la moindre n’est sûrement pas celle de savoir leur interférence avec l’opinion publique. Le hiatus provient de ce que les éditorialistes sont des faiseurs d’opinion alors qu’ils prétendent débattre de ce qui préoccupe cette opinion pour l'informer On peut lier à ce hiatus le fait que nous sommes dans une société de communication et non pas d’information. Or ces débatteurs – tous plus ou moins et certains plus que moins – sont les instruments de la communication de ceux qui exercent un ou le pouvoir.
Prenons un exemple tout simple : qui aujourd’hui, dans l’opinion, est fondamentalement préoccupé par la prochaine élection présidentielle ? On peut être satisfait ou pas de l’action de ceux qui exercent le pouvoir actuellement, on peut souhaiter que d’autres qu’eux l’exercent mais la prochaine élection est dans beaucoup plus d’un an. Or les électeurs savent, même inconsciemment parce qu’ils ont tous un minimum de bon sens, ou simplement esquivent la question parce qu’ils ont d’autres chats à fouetter dans l’instant, qu’il peut se passer des multitudes de choses d’ici-là qui influenceront leur décision au moment de mettre leur bulletin dans l’urne. Pourtant c’est l’un des sujets de débats les plus récurrents dès à présent.
Or ce sujet est abordé allègrement mêlé aux autres débats du jour comme par exemple celui sur les retraites ou sur l’immigration. La première conséquence de cet amalgame est de figer les positions partisanes. On est contre la réforme du système de retraite parce qu’on est contre le président actuel : c’est un peu court comme argumentation et lorsque l'on en avance une, elle n'est surtout pas fouillée! La seconde conséquence qui est liée est d’occulter le fond des problèmes pour ne les expliquer qu’à l’aune de ce qui amuse le plus les débatteurs et sensément les auditeurs : la politique politicarde.
Donc que font-ils ces débatteurs si ce n’est se transformer en porte-voix de la tendance politique qu’ils chérissent. Et qu’on ne me parle pas de la pluralité dans ces débats ou d’indépendance des journalistes tant est constitué avec soin l’échantillon des débatteurs pour tenter de plaire à tout le monde.
Et c’est ainsi que se forme l’opinion ; je serais enclin à écrire que c’est ainsi que se déforme l’opinion. Voilà bien du reste l’enjeu de l’ensemble du système puisque ce n’est plus l’information qui est souhaitée mais la communication.
C’est exact que l’on attire plus d’auditeurs ou de téléspectateurs en exacerbant leur goût pour le pugilat politique qu’en leur expliquant les tenants et aboutissants d’une réforme du système de retraite ou des valeurs respectives de l’intégration ou de l’assimilation en matière d’immigration.
J’appelle donc ce type de débats de l’info-entertainment. Et tout comme dans le monde du spectacle on a des stars, des intervenants « bancable », des ringards et des navets.
Le tout est déjà bien assez pitoyable mais le comble c’est que le système est intimement lié à celui des sondages et que c’est à travers eux que l’on prétend mesurer l’opinion. Le processus s’auto-alimente ainsi.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire