mardi 25 décembre 2012

Début d'une série iconoclaste: Critique de la démocratie.


Pourquoi ne pas se réclamer de Thucydide, Aristophane et Platon pour, comme eux à propos de Périclès, dire que la démocratie est pervertie?
Le postulat selon lequel le peuple aurait toujours raison est rabâché à longueur de profession de foi et d’analyses politiques pour justifier le fondement d’un système perverti or je tiens cette prémisse pour fausse et dangereuse.
Ce sujet à la fois politique et philosophique a suscité une quantité impressionnante de travaux depuis des siècles et je vous renvoie à ces travaux pour enrichir votre réflexion.
Un florilège de citations cependant pour illustrer la relativité de l’affirmation en question.
“En démocratie, la politique est l’art de faire croire au peuple qu’il gouverne” Louis Latzarus.
“La populace ne peut faire que des émeutes, pour faire une révolution il faut le peuple” Victor Hugo
“Démocratie est le nom que nous donnons au peuple quand nous avons besoin de lui” Robert de Flers
“Quand le peuple sera intelligent alors seulement le peuple sera souverain” Victor Hugo
“ Le peuple français est le peuple le plus intelligent de la Terre, voilà sans doute pourquoi il ne réfléchit pas”.  Edgar Faure.
“ Les amours et les haines des peuples sont fondées, non sur des jugements, mais sur des souvenirs, des craintes et des fantômes”.  André Maurois
“Le peuple, il n'a pas d'idéal, il n'a que des besoins”.  Louis-Ferdinand Céline
“ Despote mal éclairé, le peuple souverain ne s'engoue pas pour ceux qui répandent la lumière; mais pour ceux qui l'éblouissent”.  Georges Elgozy
L’intérêt de ce florilège est bien de montrer que la méfiance envers cette proposition est généralement partagée.
On conclura par Condorcet: “Sans instruction du peuple le suffrage universel peut conduire à la dictature des imbéciles”; il aurait aussi bien pu écrire aujourd’hui: “Comme le peuple est de moins en moins instruit, le suffrage universel conduit à la dictature des plus ambitieux”.

Alors que constatons nous dans notre beau pays de France?
Que le peuple manque cruellement d’éducation, d’instruction sans parler de culture. Il préfère regarder “le Mentaliste” sur TF1 qu’une excellente émission sur l’autisme sur France 2. Son dévolu se jettera plus sur le coréen qui chante Gangnam style plutôt que sur Renaud Capucon.
On lui fait plus facilement avaler le danger de l’exploitation des gaz de schiste qu’une démonstration économique sur le sujet. Les exemples seraient foison.
Le peuple a longtemps été tenu hors du savoir parce que l’instruction était inaccessible au plus grand nombre, puis lorsque cette instruction s’est généralisée, sa qualité n’a cessé de se dégrader et on a substitué les jeux (la télévision) à l’éducation, la promotion à l’information, la communication à la convaincante démonstration. On a visé avec un grand cynisme la quantité plutôt que la qualité et ainsi entretenu dans l’asservissement le jugement de nos concitoyens.
Malheureusement nous ne sommes plus un peuple cultivé , instruit, éduqué, alors que valent nos suffrages? Le fruit des manipulations dont nous sommes l’objet à longueur de journaux télévisés et d’articles de journaux - un peu moins il est vrai si nous avons le courage de lire les éditoriaux mais combien les lisent?.
Alors que valent les élections? Rien! Sinon les trésors de démagogie et de roublardise des candidats. On pourrait se perdre en exemples, parmi les plus révoltants je noterai les élections dans les syndicats, parfaitement verrouillées, mais aussi dans les partis politiques, bref dans toutes les situations fermées.

Alors dans ce cas que vaut notre sacro-sainte démocratie? Une suprême supercherie. Or nous nous en contentons, mieux, nous nous battons pour la défendre et même l’imposer.
Je suis interloqué face à cette constatation.

Je ne suis pas suffisamment ingénieux et cultivé pour proposer un autre système. En revanche je pense que l’on pourrait améliorer la situation. Citons en vrac et sans ordre de priorité quelques pistes:
Soyons plus strict sur le déroulement des campagnes, plus transparents aussi. Faisons le nécessaire pour que la politique ne puisse être une carrière. Facilitons très largement l’accès aux responsabilités politiques à des personnes ayant fait leurs preuves dans le secteur privé. Limitons le nombre d’élus pour rendre leur confrontation à leurs électeurs plus signifiante. Limitons de façon drastique l’inflation de lois, décrets et règlements pour rendre plus intelligibles et plus transparentes nos règles de fonctionnement afin que les “spécialistes” ne puissent pas se cacher derrière cette opacité pour duper leurs électeurs.

Mais tant qu’à être iconoclaste, soyons le jusqu’au bout. Et si l’on modulait le droit de vote?
Après tout il faut bien passer un examen pour avoir le droit de conduire, des diplômes appropriés pour être médecin, chirurgien, expert comptable, avocat....., et même depuis quelques années pour ouvrir un salon de coiffure! On vote déjà de façon discriminante sans s’en offusquer outre mesure: il faut résider dans une commune pour en élire son maire, être encarté à la CGT pour en élire le secrétaire général, adhérer à une mutuelle pour en élire le conseil d’administration. Certes ce raisonnement confine au sophisme mais pourquoi ne pas explorer plus loin cette piste? Evacuons d’emblée l’accusation de prôner un suffrage censitaire car on peut trouver des critères de sélection qui ne soient pas fondés sur l’argent: les diplômes pourraient être un critère, la validation des acquis pourrait en être un autre comme elle est retenue pour intégrer certaines formations.

Enfin suprême provocation! Comment sont nommés et démissionnés les managers de tous niveaux dans les entreprises privées? Par sélection, cooptation, à l’ancienneté et autres méthodes apparemment incertaines, injustes, quelques fois désastreuses mais qui, si l’on en juge par l’efficacité de l’économie privée, produisent des résultats globalement bien meilleurs que l’obsolète système démocratique. Les luttes intestines dans les entreprises sont nombreuses, très souvent désastreuses et pourtant, en termes d’efficacité, moins délétères  pour l’organisme que les luttes politiques. Ne pourrait-on pas s’en inspirer pour faire une réforme historique de notre système politique? Après tout cette proposition est-elle aussi farfelue que cela? Les exemples ne sont certes pas nombreux et peu probants: Pompidou était un haut fonctionnaire avant de passer seulement 4 ans à la tête de la Banque Rotschild puis de reprendre une carrière politique; l’incursion en politique de Bernard Tapie ne fût pas un succès; peut-on dire grand chose de celle de Christine Lagarde; Jean-Louis Borloo a été un très efficace avocat d’affaires avant de se lancer en politique. Ces exemples ne sont pas vraiment significatifs j’en conviens car il s’agit de cas hybrides. J’avoue ne pas trouver d’exemple d’équipes entières venues du privé et ayant mené une action politique significative, mais cela ne me semble pas invalider le raisonnement. Parallèlement  ne peut-on tenir pour une évidence que le PDG de Total a une responsabilité au moins aussi importante que celle d’un ministre et que les résultats qu’il obtient sont bien meilleurs que ceux obtenus par ses “équivalents” du gouvernement. Au moment où j’écris ces lignes Lakshmi Mittal tient tête au gouvernement français et ne perdons pas de vue que le problème français n’est qu’une composante de ses problèmes qui eux, s’étendent sur toute la planète. Les PDG de Google, de Facebook, Apple ou Microsoft feraient de bons modèles. L’argument selon lequel cela reviendrait à ne considérer que l’aspect économique de la gestion d’un pays ne tient pas. En effet qui peut croire que les PDG que nous venons de citer n’aient pas eu à connaître de politique étrangère, sociale dans la conduite de leurs affaires? Les fonctions régaliennes de l’Etat,  Justice, Défense, Politique étrangère, Éducation peuvent parfaitement être déléguées avec un mandat clair.  
 Pourquoi s’interdire de réfléchir à ces problèmes sous le seul prétexte qu’il ne faut pas mettre en doute le système démocratique?

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